À propos

« O Fantaisie, emporte-moi sur tes ailes pour désennuyer ma tristesse. »

           Gustave Flaubert

Peut-être qu’à la fin de l’histoire, au bout du bout, quelqu’un arrivera à démêler les fils, comprendre le fondement de ces créatures, leur donner une légitimité… dévoilera leur royaume, m’expliquera le sens. La fin du spectacle révèlera la chute.

Aujourd’hui, chacune de ces figures singulières engendre la suivante, mystérieusement. Une filiation insensée surgit où chacune véhicule une hérédité commune.

Peut-être, qu’après tant d’années passées à transpercer le tissu, à assembler les étoffes,  à broder les ors et les brillants, à tisser des cordelettes…

…j’arriverai à me rassembler, à saisir ce que je suis, au sein de cette joyeuse société de figures peu ordinaires,

…je connaîtrai les raisons de cette vie intense où chaque jour, il a été impensable de ne pas prendre l’aiguille. Coudre est ma course dramatique contre le temps. Mais, attention au claquage !  Le retard sera fatal. Tant de secondes, tant de silence…Mon cœur bat comme je couds, au même rythme, indéfiniment.

…je trouverai la sérénité et je pourrai stopper cette agitation, arrêter cet esprit qui se secoue perpétuellement, me poser et voir enfin ce que ma myopie a rendu trouble, reprendre confiance.

Peut-être qu’un jour, tout s’animera,  une belle aux yeux clos se réveillera et se mettra à chanter, les larmes d’un masque silencieux se mettront à jaillir, le bivouac d’une princesse s’envolera, et on entendra le roi et la reine s’embrasser dans l’ombre.

Peut-être, que demain, je rangerai ma trousse à couture, je me débarrasserai de mes textiles, je jetterai mes bobines au loin, très loin… et je déciderai de faire autrement, de me mettre enfin à la peinture, de filmer mes désirs et soigner mes insomnies…

 

Peut-être, ou peut-être pas.

 

Je suis au centre d’un carrefour, la circulation est dense, les directions sont éparses et fourmillent, je n’arrive pas à diriger mon cheminement, et pourtant, je continue à avancer, à l’aveugle, à coup de points d’aiguille, à moins qu’il ne s’agisse de coups de poignards.

L’histoire s’échafaude à mon insu…je ne suis pas au courant. Incapacité niaise à dire…

Qui va là ? Sur le qui-vive, toujours, telle une sentinelle de l’invisible.

Un univers se bâtit et il semble que cela respire. Je laisse faire, je laisse entrer l’air.

Je pourchasse le pointillé de la ligne de jour, désespérément, à la recherche de la lumière, en quête d’une épaule pour y poser ma tête et me laisser aller à rêver un peu, avant de reprendre la route en trottinant, pour mieux résister.

 

Ise, janvier 2017